lundi 20 juillet 2009

À Christophe Leisten

Ce n'était pas le lieu qui attira son attention mais le temps dans son écoulement, sa lenteur et son infinitude. À chaque recoin et avec chaque pas il ressent le poids du temps ou bien de ce non- temps, Il se sent étranger, non pas à cause des gens, des villes, des coutumes différentes, mais à cause de ce temps. N'est-il pas impropre d'appeler temps ce qui résiste à tous les temps, échappe à sa logique même, je veux dire l'histoire? Dans ce monde une seule ville existe comme dit Calvino, mais il y a plusieurs temps. Il y a le temps qui dure, immobile comme un dogme, et celui qui se transforme, s'articule, se morcelle comme des pas. Il va se poser la question maintes fois. Pourquoi ce nom: el Fna?Y aurait t-il un temps sans lieu? il avait raison de s'interroger et d'interroger les gens,les livres, les arbres ce que veut dire le nom de ce souk. Mais le souk ne peut qu'être temps. Le souk est l'expérience du temps par excellence. On l'a appelé Fna, puisque le temps est Fna.. il ne dure pas.. .. Fna c'est aussi la vie dans le sens religieux, Dar alfanaa, rien qu'un Fna.. l'au delà versus l'ici-bas, Dieu versus l'homme. Le souk est une forme de rébellion contre toute forme de religion. Le souk est l'empire des hommes.. la religion des hommes.. c'est la vie dans sa banalité.. ses consensus.. son pragmatisme.. La vie loin de la rigidité et la jalousie d'un dieu monothéiste, d'un Dieu qui dure.. qui ne tolère pas les autres, qui n'a pas du temps, qui n'aime pas le temps...

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